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vers du wecena 2.0 ?

by Sig last modified 31/03/2012

64 informaticiens ont fait du wecena pendant leur intercontrat depuis notre démarrage il y a 4 ans, pour un total d’environ 700 jours.hommes de prestations numériques au profit d’associations dédiées à l’accessibilité (handicap), l’éducation ou l’insertion sociale. C’est bien. Mais c’est loin d’être assez. C’est notamment insuffisant pour continuer à faire bouillir la marmite familiale [...]

64 informaticiens ont fait du wecena pendant leur intercontrat depuis notre démarrage il y a 4 ans, pour un total d’environ 700 jours.hommes de prestations numériques au profit d’associations dédiées à l’accessibilité (handicap), l’éducation ou l’insertion sociale. C’est bien. Mais c’est loin d’être assez. C’est notamment insuffisant pour continuer à faire bouillir la marmite familiale et je ne peux tout simplement pas continuer à en vivre. Il me faudrait au moins 3 équivalents-temps-plein de contributeurs en intercontrat pour être à l’équilibre. Cet équilibre a été atteint et dépassé au premier semestre puis 2 des 3 SSII mécènes les plus importantes ont suspendu leurs envois de nouveaux contributeurs et ne reprennent que petit à petit. Depuis début 2012, je tourne à 1 équivalent-temps-plein, soit une rémunération d’un tiers seulement de ce qui est nécessaire pour ma famille. Du point de vue chiffres, il est temps de tirer une conclusion : le wecena est un échec.

Que peut-on en apprendre ? Voici mes impressions :

  • Le wecena est un modèle économique innovant et compliqué. Il nécessite un effort d’éducation des SSII que j’avais sous-estimé. Je tablais sur des délais de vente initiaux d’environ 9 mois à 1 an (classique pour de la vente de service en B2B) mais, bien souvent, il a fallu entre 18 mois et 2 ans entre la rencontre initiale avec la SSII (“Le wecena ? J’ai compris, quelle bonne idée ! Ça va motiver nos salariés et ça ne va pas nous coûter grand chose !”) et le premier contributeur en intercontrat effectivement mobilisé pour une association. Bien souvent, mon interlocuteur à la communication ou aux RH doit convaincre son comité de direction et ce n’est pas choses facile. Sur des aspects plus techniques, comme par exemple le calcul des économies d’impôts permises par le mécénat, la plupart des SSII vérifient le calcul avec moi et se l’approprient. Mais j’ai été surpris dans 10% des cas, de rencontrer des “comptables” d’entreprises (internes à l’entreprise et non des cabinets d’expertise comptable) qui n’arrivaient pas à comprendre comment calculer correctement l’économie d’impôts sur les sociétés permise d’une part par un don en nature (avec perte de déductibilité des charges faisant l’objet du don) et d’autre part par un don en numéraire (pour laquelle l’impact de la réintégration extra-comptable est nul puisqu’il s’agit de donner une part de bénéfices qui sont imposés dans tous les cas, avec ou sans don). Les entreprises françaises ne sont pas habituées au mécénat. Elles sont encore moins habituées au mécénat de compétences. C’est encore moins le cas dans le secteur des SSII. Et lorsqu’il s’agit de calculer quel montant d’économie d’impôts peut être consacré au financement d’un projet, certains contrôleurs de gestion ou chargés de comptabilité s’arrachent les cheveux. C’est compréhensible.
  • La RSE et le mécénat ne sont pas une urgence pour les SSII. Lorsque le wecena est mis à l’ordre du jour du comité de direction, c’est en tout dernier item sur la liste et il est donc reporté de CODIR en CODIR… Quand la décision est prise, les choses trainent, le passage à l’acte souffre d’autant plus de l’inertie de l’organisation que la conduite de ce changement ne revêt aucun caractère d’urgence pour le business : RH, image, éthique, convictions personnelles, les enjeux sont trop “soft” et pas assez cash. Le wecena est relégué sur la voie des véhicules lents. Aux yeux du business, la moindre affaire sera toujours plus urgente que l’optimisation des intercontrats (à moins que celle-ci ne rapporte du cash, mais c’est une autre histoire).
  • La RSE et le mécénat sont parfois réduits à un outil de communication corporate. Pour pouvoir communiquer sur sa RSE, il suffit parfois de recueillir un témoignage de salarié, inutile d’en mobiliser 100 sur l’opération. Il n’y a pas besoin de s’engager sur du volume, ou de faire bouger son entreprise pour mobiliser un grand nombre de salariés. Communication corporate ne rime pas avec volume, valeur économique et impact social. Donc une fois qu’un contributeur a été envoyé sur un projet (voire même avant), la SSII communique publiquement sur son engagement et ne se sent pas vraiment obligée de traduire son engagement par du volume ou de la régularité. Ce n’est pas de l’engagement sérieux.
  • Un projet RSE qui ne rapporte pas de cash a une valeur quasi-nulle pour les dirigeants de SSII. De nombreuses SSII ont refusé de faire du wecena au motif que le mécénat ne rapporte d’argent immédiatement : le mécanisme fiscal est utilisé pour financer la formation et l’encadrement des contributeurs en intercontrat, pas pour être encaissé par l’entreprise mécène. L’utilité sociale auprès des personnes démunies n’a pas de valeur pour la plupart des dirigeants de SSII. Pire, les bénéfices qu’en tirent sa société sur le plan de la gestion des ressources humaines (motivation des salariés, fierté d’appartenance, …) sont négligeables pour la plupart d’entre eux. Les dirigeants les mieux renseignés au sujet du développement durable et du concept de “triple bottom line” argumentent : ” Si le mécénat ne rapporte pas d’argent, c’est qu’il ne s’agit pas de développement durable puisqu’il ne produit pas un impact positif sur la bottom line financière” et en concluent : ” On veut bien faire du wecena, mais uniquement si ça rapporte du cash”. Autrement dit : ” Si le wecena ne nous rapporte pas de cash, ça ne nous intéresse pas, et ce même si ça ne nous coûte rien. ” Au final, seuls les plus convaincus acceptent d’en faire. Mais un peu trop “à la légère” pour la plupart d’entre eux.
  • Convaincre une SSII de faire du mécénat, ça ne suffit pas à la convaincre d’en faire beaucoup et régulièrement. Il y a celles qui en font “pour la communication” et se satisfont donc d’un maigre volume. Et il y a celles qui en font “pour les RH” mais, même dans ce cas, la frustration des porteurs RH est grande devant l’incompréhension et le manque d’enthousiasme et d’attention des dirigeants commerciaux. Dans le secteur de sous-traitance qu’est celui des SSII, la culture commerciale l’emporte largement sur celle du développement des ressources humaines. Et même quand le comité de direction est enthousiaste et partant, le moindre coût de Trafalgar sur le business met le mécénat en danger : ce n’est pas une priorité et ça passe à la trappe si le RH a d’autres soucis à gérer pour un temps. Le mécénat est la dernière roue du carrosse, juste après les RH vus comme centre de coût voire comme un luxe inutile. “Faire de la RSE” en soi ne suffit pas, “occuper utilement les intercontrats” non plus, rendre ses salariés heureux ou fiers d’eux-même ou de leur société est un luxe.
  • Ce qui freine la RSE, ce n’est pas son coût mais la difficulté à en percevoir et à en communiquer la valeur aux parties prenantes. Dans ce contexte, le modèle économique du wecena est trop compliqué. Ce DG de SSII l’avait bien compris : ” Monsieur Millerat, j’ai beaucoup de sympathie pour votre projet !” me dit-il tout sourire en me confiant une coupe de champagne lors du cocktail d’assemblée générale de Syntec Numérique. Plusieurs mois après, une responsable RH de sa société m’avoue : ” Nous avons bien compris que le coût du wecena est remboursé par des économies d’impôts. Mais, finalement, nous ne ferons pas de wecena car, même si cela ne nous coûte rien, notre DG serait alors obligé d’expliquer à la maison mère pourquoi notre résultat avant impôts a baissé même si cette baisse est compensée à 100% par l’économie d’impôts. Les échanges avec la holding corporate sont déjà assez compliqués comme ça, notre ‘bande passante’ est limitée, on ne va pas ajouter le wecena en plus, les actionnaires ne prendraient pas la peine de comprendre. De plus, comme les bonus de nos managers sont indexés sur notre résultat avant impôts, cela nous obligerait à expliquer à nos managers pourquoi nous modifions la définition de leur bonus et donc pourquoi nous faisons du wecena. Le jeu n’en vaut pas la chandelle… “. Le wecena, même si il ne coûte rien en soi, revêt un caractère d’engagement social de toute l’entreprise et de toutes ses parties prenantes. Dans une culture dominante éloignée de l’innovation sociale, la communication sur le wecena risque soit d’être insuffisante et donc inefficace, soit trop coûteuse car le message serait trop éloigné des réalités et réflexes habituels de l’entreprise qui n’est pas habituée à ce genre d’initiative.
  • Une forte proportion des grosses SSII ne paie pas d’impôts sur les sociétés. Même bénéficiaires, les grandes entreprises ont tiré partie de règles fiscales leur permettant d’éviter l’impôt sur les sociétés. Il s’agit notamment des mécanismes de report de déficit : si une société avait un gros déficit une certaine année, elle pouvait reporter son déficit pour compenser les bénéfices des années suivantes et, ainsi, ne jamais avoir d’impôts sur les sociétés à payer jusqu’au moment où ses bénéfices excèderaient largement les déficits des années passées.
  • Le montage contractuel du wecena est trop compliqué : une convention de mécénat entre chaque SSII et chaque association, ça fait beaucoup de paperasses, des négociations contractuelles parfois disproportionnées en temps (au regard du volume des dons obtenus par la suite), des délais de gestion administratives, des reçus fiscaux et des flux financiers qui se multiplient.

Conclusion pour faire au plus court : le wecena version 1.0 est trop compliqué et pas assez stratégique.

Alors que faire ?

Première chose à faire, pallier aux urgences :

  • refaire bouillir la marmite familiale en prenant un job salarié, je deviens à partir de ce lundi directeur de l’innovation du CNED (de l’innovation numérique à finalité sociale, je poursuis dans mon élément),
  • suspendre le remboursement de mes 2 prêts Antropia : l’incubateur social Antropia m’avait permis de financer cette phase de vente initiale aux SSII qui s’était avérée plus longue que prévue, grâce à un prêt d’honneur à Wecena SARL. L’activité n’est pas suffisante pour continuer à rembourser. Antropia m’aide à trouver la meilleure solution pour la suite.
  • faire l’économie de la prospection des SSII : trop de temps passé à essayer de convaincre sur une offre qui n’emporte pas assez d’enthousiasme, mes moyens commerciaux ont été dépassés par l’ampleur de la tâche ; il faudra s’y remettre mais sous une autre forme qui reste à définir et à maintenir dans les limites d’un emploi secondaire (puisque mon engagement professionnel principal devient mon job salarié au CNED)…
  • imaginer un wecena plus simple et/ou plus stratégique : centraliser les dons en créant un fonds de dotation unique et d’intérêt général ? simplifier la tarification ? appuyer le développement des dons sur un réseau d’affiliés (cf. les 20.000 € de cadeaux que vous pouvez gagner et partager sur http://defi.wecena.com/via/jean) ? construire avec un partenaire comme LIENS une offre à plus forte valeur stratégique pour les SSII et lui confier le “développement commercial” ? se focaliser sur des projets de solidarité plus proches des métiers et mettant les contributeurs en contact direct avec des populations en difficulté ? proposer aux SSII de conserver une part de l’économie d’impôts mécénat progressant avec leur engagement et espérer que cela suffise à déclencher un bouche à oreilles plus efficace et vertueux ? proposer aux SSII des contreparties plus “stratégiques” telles que des actions de formation technique au bénéfice de leurs salariés, des actions de recrutement de nouveaux salariés issus de la diversité, des actions d’animation et de communication en lien avec des directions achats de grands comptes … ? vous demander votre avis pour imaginer ce que serait une opération de mécénat de compétences qui pourrait revêtir un caractère réellement stratégique pour une SSII ? Sans doute un peu de tout cela et d’autres choses encore (vos suggestions seront les bienvenues)…
  • poursuivre le wecena au quotidien : plusieurs SSII continuent à jouer le jeu, malgré toute la frustration que je peux ressentir au vu du faible volume d’engagement, et leurs salariés contributeurs continuent à s’activer au quotidien de manière extrêmement utile et appréciée auprès des associations de solidarité. Il faut donc continuer à les accueillir, les former, les encadrer, assister l’association bénéficiaire dans la conduite des projets. Je continue à m’en charger : pour le flux actuel de 1 équivalent-temps-plein, ça me prend environ 2 demi-journées par semaine, réparties entre les mêlées téléphoniques qui ont lieu entre midi et deux, et les travaux du soir, sans compter que mon nouvel employeur accepte que je consacre quelques jours de congés sans solde à cette période de transition. Des amis consultants sont prêts à prendre le relais dans ce rôle d’assistance à la conduite de projets agiles et à distance. Pour moi, il s’agit également de maintenir en conditions opérationnelles la plate-forme wecena.com et de continuer à l’exploiter pour la production des reçus fiscaux et des éléments de reporting nécessaires aux associations et aux SSII.

Voila, voila. Vous l’aurez compris, c’est la crise aussi pour le wecena. Le wecena se poursuit malgré tout et, tant qu’il reste des SSII prêtes à remonter les manches de leurs salariés pour les faire contribuer à des projets de solidarité, le wecena continuera à exister. Le fait de reprendre un boulot de salarié me permet d’envisager avec plus de sérénité l’avenir du wecena (je n’ai plus le couteau sous la gorge), cela se traduira peut-être par un rythme d’évolution plus modeste, mais cela se traduira sans doute également par une plus grande ouverture et l’implication d’un plus grand nombre de partenaires.

Qu’est-ce que tout cela vous inspire ? À vous lire !